Santé
lundi avril 23, 2018
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Le Sodabi, boisson alcoolisée, et non conventionnée, subit une dangereuse contrefaçon au Bénin. A partir d’une solution d’alcool éthylique, le Sodabi frelaté est fabriqué en 48 heures. Descente dans les labyrinthes d’une industrie meurtrière qui échappe à tout contrôle.

Silence ! Le Sodabi frelaté se produit à une échelle industrielle au Bénin. Il suffit pour peu de disposer de l’alcool éthylique qui coûte entre 800 à 1000 f Cfa le litre. L’eau de pompe, Sodabi premier degré (Zohan) et le souchet (ndlr affio en fon) entrent dans la composition de cet alcool frelaté. «  Il y a une norme à respecter pour aboutir à cette contrefaçon proche de l’original », témoigne Kakpo, la trentaine à peine, spécialiste à Azovè. En dehors du Sodabi, le Royal luxe gin ; le Schnaps ; le Rhum etc., sont également produits par le jeune homme. Les étiquettes qu’il brandit corroborent son talent de fabricant. « Pour obtenir le Sodabi frelaté, il faut mélanger aux 33 litres d’eau de pompe, un litre d’alcool éthylique, un litre de Sodabi premier degré appelé Zohan », précise l’un des chefs d’arrondissement de la commune d’Abomey. Ce dernier préside la commission d’enquête et d’information sur les modes de production, les foyers de production, les composantes et les stratégies de distribution de l’alcool frelaté dans la commune d’Abomey. Mais il a requis l’anonymat pour avoir subi trop de représailles au cours de sa mission. Cependant, un export en contrefaçon expose sa méthode. « Le mélange éthylique est isolé de l’air ambiant pendant 48 heures. C’est pourquoi on ferme hermétiquement les tonneaux en plastique. L’alcool éthylique est la base commune de la préparation du Sodabi frelaté et des autres liqueurs. Nous utilisons le fruit souchet pour changer l’arôme et le sucre grillé pour colorer les liqueurs. Le bidon de 25 litres d’alcool éthylique coûte ici entre 20000 et 25000 f Cfa », confie M. Kakpo dans l’intimité de sa chambre. Sa femme guette au détour des ballades intempestives de toute personne étrangère suspecte à cause de notre présence.

EXPERTS….

Le Sodabi frelaté s’obtient également à partir du sucre, de la mangue, de la levure et des déchets issus de la préparation du vrai Sodabi. « Les résidus du vin de palme mis à feu pour extraire le sodabi servent à conditionner le sucre et la levure non seulement pour parvenir à la fermentation de ce mélange mais aussi pour l’arome du vin de palme dans le nouveau liquide. Ce mélange est porté au feu pour préparer du Sodabi frelaté », explique le vieux Pierre Ahohendo, un producteur de Sodabi à Covè. L’ex deuxième adjoint au maire de Covè Benoit Kakpo Bidouzo a purgé sa peine en prison pour fabrication d’alcool frelaté. Ce quadragénaire avoue : « Il y a un autre produit qui sert à fabriquer le Sodabi frelaté qui circule dans les villages proches du Nigeria. On le trouve surtout dans la commune de Pobè ». La mangue et le déchet issu du Loualoua c’est-à-dire le 3ème degré du sodabi extrait du vin du palme, servent de matière première pour la préparation de sodabi frelaté » renseigne dame Constance Lokossou Yédemè, collaboratrice dans une usine de distillerie de Sodabi à Covè.

 

LE FOIE A L’EPREUVE 

Le Sodabi frelaté passe inaperçu et tue dans l’ombre. En 2005, la commune d’Abomey en a fait les frais. Elle a enregistré une cascade de décès dans l’arrondissement de Honli. Les hypothèses de la sorcellerie et de l’envoûtement étant écartées, les médecins ont flairé une intoxication alimentaire. « Nous avons décidé d’explorer d’autres pistes car à l’observation, nous avons constaté que le flux  de transporteurs des emballages du Sodabi des communes de Couffo vers les régions du Plateau d’Abomey comme auparavant est presque inexistant alors que le produit existe en a abondance à Abomey. Or, le Sodabi venu du pays Adja est très prisé par les consommateurs car ces fabricants jouissent d’une notoriété légendaire « C’est d’ailleurs le label le plus recherché par les consommateurs toute catégorie confondue », confirme un couple tenancier de débit de Sodabi à proximité du carrefour Goho à Abomey. Dans les communes d’Azovè et de Klouékanmè, le Sodabi frelaté qui décime les nôtres est produit à la base d’un liquide blanc, incolore dont la bouteille  porte l’étiquette d’alcool éthylique a conclu le rapport d’enquête communale. « Dès lors, j’étais devenu l’ennemi de tous. Le ministre du commerce d’alors sous le régime Kérékou, m’ordonne de sursois au combat contre les siens car il est de la région de Couffo. Les tentatives de corruption n’ont pas manqué. Les consommateurs m’ont abandonné dans la lutte car la rupture de Sodabi frelaté a entrainé le renchérissement du prix dans les débits », se souvient amer, visage serré, le président de la commission d’enquête. 

Au plan sécuritaire, les forces de l’ordre semblent n’être pas informées de l’existence des distilleries du Sodabi frelaté. La récente tentative d’enquête diligentée par la direction nationale de la Police a échoué, à en croire les sources proches du commissariat de Bohicon. «  Il y a deux an et demi environ. Le bruit a couru que le Sodabi frelaté circulait dans la ville d’Abomey. Mais personnes n’était prêt à collaborer. C’est une boisson non conventionnée.  Par conséquent, impossible d’en contrôler la qualité », atteste Rufin Dossou, alors directeur départemental du commerce et de l’industrie.

 L’effet cancérogène de l’alcool éthylique est confirmé. Pourtant, les autorités sanitaires ne s’attardent pas encore sur la question du Sodabi frelaté. « Le centre hospitalier départemental du  Zou – Collines reçoit très souvent à la fin des cérémonies populaires des cas de comas. On ne sait quel type de Sodabi en est la cause. En tout cas, l’abus de l’alcool entraine la cirrhose de foie », alerte Dr Aidji. En fait, les statistiques ne sont tenues pour mesurer l’ampleur du drame.  

 

PORTRAIT

Pierre Ahohendo, vétéran aux commandes de la distillerie de Sodabi

Ecarté des travaux champêtres par une blessure au pied droit, le vieux Ahohendo passe le clair de son temps à distiller le Sodabi degré par degré. Depuis 1962, il apporte la valeur ajoutée à l’art de transformation le vin de palme, hérité de ses grands parents a Covè.

Allongé sur le banc à la façade da sa maison, le vieux Ahohendo est un chauve de regard vif. Dans sa cour jacassent de petits enfants qui pataugent dans des fûts de palme. Fier de son savoir ancestral, ce septuagénaire ouvre la porte d’accès de sa distillerie artisanale, jouxtant sa résistance. « C’est ici que s’opère la magie de la transformation du vin de palme en boisson alcooliser », annonce le vieux d’une aire satisfait. Sous une paillote s’active le feu chauffant un grand fût. Un conduit en cuivre d’une vingtaine de mettre de long et 0,5 cm de rayon relie le fût hermétiquement fermé à un bidon en plastique. Le tuyau est enroulé sur deux à trois niveaux, tel un ressort submergé dans les eaux des deux autres fûts distants de 5 mètres environ. « La première vapeur qui s’échappe par le conduit est transformée au contact de la fraîcheur d’eau en d’autres barils en liquide au cours de son parcours. Il s’agit de l’eau qui annonce l’arrivé imminente de la première gouttes d’alcool », explique le jeune Bernard âgée de 27 ans. Assis sur un tronc d’arbre, il lave les graines de coton. Son aîné, Léonard Ahimassou, pose un entonnoir en plastique à l’orifice du bidon de 20 litres dans lequel il plonge le conduit. Il y met quelques graines sèches de coton. « C’est pour filtrer l’alcool qui va commencer à couler », averti le vieil homme. La raffinerie du vieux Ahohendo vient de produit 1litre d’alcool. « Ce premier type dénommé Zohan est le Sodabi 1er degré. Le 2ème degré, c’est le Sodabi ordinaire. Le 3ème degré appelé Loualoua, est retourné au feu selon le même processus. Le 1er  degré d’alcool qui en découle s’appelle aussi Zohan c'est-à-dire l’alcool de 1er degré. Il est d’ailleurs plus concentré et piquant que le 1er alcool issu du vin de palme », enseigne magistralement, le vieux Ahohindo.» Le meilleur Sodabi à un arome proche de celui de vin de palme. Il n’attire pas la bouche. L’insecte s’éloigne au risque d’être affaiblit par l’odeur de l’alcool. Au contraire le Sodabi malsain attire la mouche et dégage des odeurs relatives aux ferments de base », indique le vieux. Il jette quelques gouttes des différents types de Sodabi dans le feu pour montrer son effet inflammable. « Papa est très regardant sur la qualité. Il a crée une qualité intermédiaire appelé super », indique Léonard Ahimassou. « Le vrai Sodabi est non seulement inflammable mais le feu qu’il produit est bleu et fin tandis que le feu qui se dégage des autres Sodabi frelaté est rouge.         

Tobi P. AHLONSOU

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