Politique
jeudi octobre 18, 2018
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La métamorphose est assez frappante ! Le professeur Mathurin Nago n’est plus le même que celui que les béninois ont connu entre 2006 et 2011. Il n’est plus celui que l’ancien député Ismaël Tidjani-Serpos considérait comme un ministre du Gouvernement Yayi en service au Parlement.

Il n’est plus celui qui devrait répondre "paaannnn" quand Boni Yayi sifflait " Piiiiiiiii". Des observateurs avertis de la vie politique béninoise peuvent, à raison lui, reprocher de ne s’être pas démarqué de manière franche du projet de révision de la Constitution. Mais comme pour se rattraper, Mathurin Nago s’est présenté sous un nouveau jour face à d’autres dossiers brûlants d’intérêt national : Le rejet du projet de budget de l’Etat exercice 2014 et la proposition de la loi «  Anti-magistrats ».  Depuis le dernier trimestre de l’année 2013, l’homme assume de plus en plus son costume de président de l’institution de contre-pouvoir, de deuxième personnalité de l’Etat. Morceaux choisis

Des vérités «  face to face »

Le lundi 07 janvier 2014 à la salle du peuple du Palais de la présidence de la république, à l’occasion de la cérémonie de présentation de vœux des institutions de la République au Chef de l’Etat, Mathurin Nago a « osé » dire la vérité à son mentor politique, celui par qui et grâce à qui il a pu s’asseoir deux fois de suite dans le fauteuil du président de l’Assemblée nationale. Mathurin Nago n’avait pas hésité à déclarer à Boni Yayi ce jour-là ce qui suit : « …Cependant, Monsieur le Président de la République, la problématique de la perceptibilité et de l’efficacité des résultats de la politique publique de développement reste d’actualité, au regard notamment des moyens et des méthodes utilisés, et de l’impact réel que ces résultats ont sur le vécu quotidien de chaque béninoise et de chaque béninois. Et, c’est à l’aune de cet impact que la pertinence de la politique de développement définie par votre Gouvernement est appréciée par notre population pour laquelle nous sommes tous en mission. A cet égard, je voudrais vous dire, Monsieur le Président de la République, que nous sommes aujourd’hui en face d’un peuple qui entend, mais ne voit pas souvent et ne croit plus en ce qu’on lui dit ; un peuple qui souffre parfois de l’action des responsables politiques et administratifs, pourtant investis de la mission de son développement ; un peuple qui exprime souvent le sentiment d’abandon ; un peuple qui exprime des sentiments d’incompréhension et de déception face à la multiplication des actes et des scandales de corruption et de malversation et face à l’inaction apparente des responsables et services compétents ; bref, un peuple au moral très bas et qui semble perdre confiance en lui-même et en ses acteurs et décideurs politiques. Ce sentiment de notre population ne signifie pas que votre Gouvernement ne mène aucune action de développement pour l’amélioration de ses conditions de vie, loin s’en faut. Mais plutôt que l’action politique qui devrait lui procurer le mieux-être, est menée avec des moyens et des méthodes perfectibles et de plus, celle-ci est souvent marquée par d’importants actes de corruption et de gaspillage de fonds publics chèrement acquis et par l’impunité permanente. Nos concitoyens des villes et des campagnes en parlent entre eux et avec leurs députés. Ils désenchantent et s’emmurent parfois dans la prison du silence. La presse s’en fait souvent l’écho… »

On s’en souvient, cette audace de Mathurin Nago n’était pas du goût de Boni Yayi qui avait répliqué en ces termes : « …  il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre » fin de citation, il est tout aussi évident qu’il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Par conséquent, ce qui me paraît essentiel à préserver est la recherche permanente, dans la paix, la cohésion et le dialogue, du consensus national, principe fondateur du renouveau démocratique dont nous sommes les continuateurs. Monsieur le Président, Vous avez aussi évoqué l’état d’âme de notre peuple qui aurait le moral bas et semblerait avoir perdu confiance en lui-même. Je veux me rassurer que vous-même vous comprenez que cet état relève de la responsabilité collective de tous et non d’une quelconque victime expiatoire de tous les péchés qu’auraient commis les béninoises et les béninois. On ne le dira pas assez et je demeure convaincu que vous vous adressez à toute la classe politique à laquelle nous appartenons tous… »

Nago défie Débourou, Chabi Sika et compagnie

Les observateurs du fonctionnement du parlement béninois depuis la 5ème législature peuvent l’attester : les véritables décideurs au Parlement lorsque le pouvoir Fcbe est maître du jeu, sont les députés Djibril Mama Débourou, Chabi Sika et dans une moindre mesure Hélène Aholou Kèkè. Beaucoup de journalistes parlementaires dont la cabine de presse joute le banc habituel où prend place l’honorable Djibril Mama Débourou témoignent que ce dernier par quelques mots écrit sur un bout de papier ou par de simples gestes de la main à l‘endroit de Mathurin Nago, pouvait faire changer le cours d’une séance plénière. Mais les choses ont changé depuis le dernier trimestre de l’année 2013. En effet, en décidant contre l’avis de certains ténors de sa famille politique, d’opter pour un vote à bulletin secret pour décider du sort du projet de budget de l’Etat exercice 2014, Mathurin Nago qui plus tard déclarera qu’il «...a été guidé, à défaut de consensus, par  l’application stricte et rigoureuse des textes de loi qui régissent le fonctionnement du Parlement », a été traité de tous les noms par les siens. Mais il a, le  jeudi 11 avril 2014, répliqué de fort belle manière à ses frères Fcbe en ces termes: « … Les derniers agissements et comportements liés au rejet du budget, exercice 2014, ont failli introduire une fausse note dans ce bon climat de travail ; mais nous avons su placer l’intérêt du peuple au-dessus de toutes nos divergences et de nos ressentiments et calculs personnels. Je voudrais à nouveau dire que dans ce dossier budgétaire, la seule et unique exigence qui m’a guidé a été, à défaut de consensus, l’application stricte et rigoureuse des textes de loi qui régissent le fonctionnement du Parlement. En tout cas, ce fut ma seule motivation, contrairement à ce que certaines mauvaises langues tentent de faire répandre et de faire croire dans un souci de déstabilisation, de dénigrement et de salissure. Mais le peuple n’est pas dupe. Je comprends, même si je n’en suis pas d’accord, qu’il y ait des gens, dans leur prise de décision, dans leur comportement, qui soient surtout motivés par d’autres choses, notamment l’argent ou le matériel. Je souhaite vivement et sincèrement que ces gens comprennent et retiennent une fois pour toutes qu’il y a d’autres gens différents d’eux, ayant une moralité autre que la leur, avec des valeurs qui leur sont chères, c’est-à-dire la rigueur, la dignité, l’honorabilité, la conviction, l’engagement, y compris en politique. Il fallait que cela soit dit pour que cessent les manipulations, les calomnies et les intrigues, car la bataille, la vraie est ailleurs. Nous devons apprendre à connaître et à prendre en compte les limites de nos responsabilités et de nos prérogatives, si nous ne voulons pas verser dans une pseudo-démocratie, voire dans la dictature. En toutes circonstances, nous devons éviter de nous infantiliser ou de chercher à infantiliser les autres.

 Confirmation 

Face aux attaques tous azimuts des magistrats et de leurs soutiens qui voudraient qu’un membre du Bureau de l’Assemblée viennent recevoir leur motion de protestation contre la proposition de loi qui les visait, Mathurin Nago avait déploré la démarche mais avait précisé que sur le sujet, il avait son opinion. Celle-ci fut connue à la séance plénière du  mercredi 6 août 2014 où il a décidé, contre la volonté d’une quarantaine de députés de sa famille politique, de ranger ce dossier en déclarant : « … la proposition de loi qui a été déposée, certes par une majorité de députés mais au regard de la loi et en appliquant nos dispositions légales, n'a pu prospérer. Nous sommes obligés de considérer que le dossier que nous avons commencé à traiter jusque-là n'a pas abouti ; je demande donc que ce dossier soit repris et que les dispositions soient prises pour éventuellement chercher d'autres solutions. Voilà ce que je dois dire. Par conséquent je vais devoir lever la séance. Je déclare donc la séance levée ».  Cette décision n’est pas du goût de certains membres de sa famille politique, les FCBE qui, apprend-on, ont décidé de saisir la Cour Constitutionnelle comme ils l’ont fait après le rejet du projet de budget de l’Etat exercice 2014.

Mais même si la Cour de Théodore Holo décidait dans les jours à venir de la continuité de l’examen de la proposition de loi « anti-magistrats », on retiendra que Mathurin Nago a mûri politiquement.

Francis Z. OKOYA

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