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vendredi octobre 19, 2018
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Mathurin Nago n’a pas inventé les tournées qu’effectuent les députés pour soi-disant mettre les populations au fait des lois qu’ils votent. Mais, à l’analyse d’un certain nombre de faits, on peut dire qu’en s’engouffrant dans cette voie tracée par les législatures passées, le Parlement actuel dresse aux députés le lit du mensonge et de la manipulation, au point où l’on en vient à s’interroger sur l’utilité de ces randonnées parlementaires payées par le contribuable.

L’idée ici n’est pas de rejeter cette formule qui devait vraiment aider à maintenir le pont entre les députés et les citoyens au nom qui ils prennent des textes de lois. Il est encore moins question de se lancer dans des calculs d’épiciers alors qu’on parle d’une grande institution de l’Etat. Mais on y est presque poussé à voir ce à quoi donnent lieu ces fameuses tournées nationales d’informations. Quelque chose de malsain, qu’il est loisible à chacun d’apprécier à la faveur de la polémique sur la loi devant régir les magistrats, notamment l’exercice du droit de grève. Dans le développement de leurs argumentaires sur le bien-fondé ou non du texte en examen, les députés, toutes tendances confondues, ont eu abondamment recours aux avis exprimés par les populations sur leur travail quand ils ont été à leur contact. Quoi de plus normal ! Les échanges avec les populations sont censés servir à cela. Permettre de recueillir leurs préoccupations afin de donner les orientations les plus pertinentes possibles aux lois à voter. Mais là où le bât blesse, s’agissant spécifiquement de la loi sur les magistrats, c’est que le point que fait chacun des réactions desdites populations diffère d’un député à un autre, d’un camp à un autre. Au point où l’on se demande si ce sont les populations du même Bénin qu’ils sont allés interroger ou écouter. Pendant que Houndété Eric et les siens ont rencontré l’hostilité de ceux qu’ils ont rencontrés quant au vote d’une telle loi, pendant qu’ils ont été presque éconduits par les populations qui leur ont demandé si c’est le travail pour lequel ils ont élus, le député Bida et d’autres ont été portés en triomphe par les mêmes populations qui leur ont même recommandé de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Donc, bientôt d’autres ! Quand on en aura fini avec les magistrats. Là, n’est pas notre sujet. Ici, on est plutôt impressionné de voir à quel point nos populations sont divisées sur la question qui agite aujourd’hui le Parlement. A moins que ce ne soit les députés qui les divisent ou qui tordent le cou à la vérité, selon qu’ils sont dans un camp ou dans un autre. C’est aussi vrai qu’on ne peut s’attendre à un unanimisme au niveau du peuple, mais dans le cas d’espèce on a l’impression que les députés contribuent à accentuer, sur fond de manipulations et de mensonges, les divergences qu’on peut noter au sein des populations sur une question aussi sensible. De notre point de vue, ces genres de tournées, pour être utiles, devaient plutôt permettre de concilier les parties de nos populations qui sont divisées sur des questions d’enjeu national. Mais c’est au contraire qu’on assiste. Tout ceci amplifié par micros et caméras. Pourquoi ne pas se contenter alors des médias pour atteindre les populations, chaque député ayant la latitude de descendre vers sa base pour lui expliquer la pertinence des lois pour lesquelles il vote et recueillir en retour son opinion ? La question est ouverte. En attendant, nos députés ont le temps de revoir leurs copies. Pour qu’on ne soit pas poussé à parler de gâchis, de gaspillage des ressources publiques avec, au finish, la division du pays. Le mensonge et la manipulation, lot du politique béninois, sont déjà établis, et ce n’est pas un moindre mal.  

 

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