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mardi avril 24, 2018
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RSF s’inquiète de la dégradation de la liberté de l’information au Bénin

Accusé d’avoir "offensé" le chef de l’Etat béninois, le directeur de publication de L’Indépendant écope de 36 mois d’emprisonnement avec sursis, voit son journal suspendu pour deux fois trois mois et l’un de ses journalistes condamné à deux mois de prison ferme. Sur quelle route le Bénin s’engage-t-il ?

Relativement bien placé à la 75e place sur 180 pays et à la 16e place parmi les pays africains, le Bénin s’engage, depuis quelques mois, sur une pente glissante. Le 26 juin 2014, le tribunal de première instance de Cotonou a condamné John Akintola, directeur de publication de L’Indépendant, à trois ans d’emprisonnement avec sursis et une amende de 200 000 francs CFA (300 euros) pour un article qui aurait "offensé" le chef de l’Etat Boni Yayi. Par le même jugement, le journal est suspendu pour trois mois à compter du 16 juillet 2014 et l’auteur de l’article, Prudence Tessi, condamné à deux mois de prison ferme. L’article controversé faisait état du possible financement illicite des déplacements à l’étranger du président Boni Yayi grâce aux fonds de la société béninoise d’électricité (Sbee). Le directeur général de la Sbee, Marius Hounkpatin, a été limogé suite à cette affaire et a maintenant quitté le pays. Il avait également porté plainte contre le journal qui avait été condamné à trois mois de suspension en avril. Trois mois qui auraient du prendre fin le 15 juillet 2014.

Interrogé par RSF, le directeur du journal condamné, John Akintola, s’indigne. "On étouffe les journalistes, la presse est bâillonnée et on n’a plus le droit de travailler ou de dénoncer. Pour tenir il faut être l’appareil de propagande du pouvoir. 400 procès sont en cours aujourd’hui contre la presse au Bénin."

"Ces lourdes condamnation ont vocation à dissuader les journalistes d’investigation de faire leur travail au Bénin. Elles confirment la pressante nécessité d’abolir les peines privatives de liberté pour les délits de presse qui sont autant de menaces contre le droit de savoir de la population béninoise, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Le chef de l’Etat se déclare "offensé" mais il prend action sur la base des révélations faites par les journalistes. Le crime de ces derniers est-il vraiment la diffamation ou plutôt d’avoir révélé une vérité dérangeante ? "

Ces lourdes condamnations arrivent alors que le journaliste François Yovo, directeur de publication de l’organe de presse Libération a été arrêté le 17 mai dernier et transféré à la prison civile de Cotonou pour purger une peine de trois mois, à laquelle il avait été condamné en novembre 2013 pour "diffamation". Son journal avait mis en cause la corruption supposée du directeur général d’une société d’Etat.

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Benin

Court verdict raises concern about freedom of information in Benin

The publisher of the newspaper L’Indépendant has been given a three-year suspended prison sentence for "insulting" the president of Benin, his newspaper has been suspended for a total of six months and one of his journalists has been jailed for two months. Where is Benin heading?

Benin is relatively highly placed at 75th of 180 countries in the Reporters Without Borders World Press Freedom Index, and is ranked 16th among African countries. The suspended sentence was handed down by a Cotonou court two days ago against L’Indépendant publisher John Akintola, who also received a fine of 200,000 CFA francs (300 euros) for an article alleged to have insulted President Thomas Boni Yayi. At the same time, the court ordered the newspaper to be suspended for three months from 16 July, and the writer of the article, Prudence Tessi, received a two-month prison sentence. The article at issue alleged that trips abroad by President Yayi had been illegally financed by the Benin Electric Energy Company (SBEE).

The general director of SBEE, Marius Hounkpatin, was dismissed as a result of the case and has now left the country. He had brought an earlier case against the newspaper, which was suspended for three months in April. This suspension had been due to expire on 15 July.

Questioned by RWB, Akintola expressed his anger. “Journalists are being stifled, the press is gagged and we no longer have the right to criticise or do our work,” he said. “In order to keep going, we have to be part of the government’s propaganda machine. Four hundred trials against the media are currently in progress in Benin”.

Commenting on the verdict, Cléa Kahn-Sriber, head of the Reporters Without Borders Africa desk, said: “These heavy sentences are designed to discourage investigative journalists from working in Benin. They confirm the urgent need to scrap custodial sentences for press crimes in Benin, which pose a threat to the Beninese people’s right to know.

“The head of state claims to be ‘insulted’, but he has taken action on the basis of revelations made by journalists. Are they really guilty of defamation, or of revealing an inconvenient truth?”

The latest sentences follow the arrest of the journalist François Yovo, publisher of the newspaper Libération, last month. He was taken to Cotonou prison to serve a three-month sentence for defamation imposed last November. His newspaper had published corruption allegations against the head of a state company.

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