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samedi avril 21, 2018
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 Ouf ! Ce seul mot pourrait résumer le sentiment de nombreux Béninois qu’exaspérait la saga politico-judiciaire générée par les affaires dites de tentative d’empoisonnement et de coup d’Etat. A contrario, ceux qui prônaient le jusqu’auboutisme dans ces affaires, qui en faisaient même des vaches à lait, devraient être désabusés. Dans un camp comme dans l’autre, la balle devrait désormais quitter les airs pour tutoyer le gazon. L’annonce du pardon du chef de l’Etat, acte majeur s’il en est si analysé comme un désistement d’action puisqu’il invite ses avocats à en tenir compte devant la justice, prend de court les uns et les autres…

 Dimanche 4 mai dernier, les avocats du chef de l’Etat en ces causes se portaient devant la presse. Pour dire leur appréciation de l’arrêt de cassation rendu par la Cour suprême, qui renvoyait ainsi les dossiers devant la Chambre d’accusation de la Cour d’appel autrement composée. Mais aussi et surtout pour affirmer leur conviction que cette décision de la haute juridiction ouvrait la voie à une réouverture du dossier, tant dans la forme que dans le fond, devant la Cour d’appel. Votre journal se demandait alors si le bout du tunnel, dans ces affaires, était encore loin. Et écrivait justement que : « Certes si la décision de la Cour suprême confirmait les arrêts de la Chambre d’accusation, on peut estimer que le débat serait définitivement clos, du moins en ce qui concerne ceux des mis en cause gardés au Bénin, en attendant l’appréciation du cas des deux autres en exil, Patrice Talon et Olivier Bocco. Mais ce n’est pas le cas et c’est plutôt à un arrêt de cassation que nous avons eu droit. Il va sans dire que les prochains mois pourraient être très agités encore par ces affaires et interprétations auxquelles l’arrêt de la Cour suprême donnera lieu selon le camp où l’on se trouve ou selon le bon sens juridique tout simplement. L’opinion n’a donc pas fini d’être tourmentée par ces affaires. La seule attitude qui y mettrait fin plus tôt que prévu serait un désistement d’action de la part du chef de l’Etat, qui renoncerait ainsi à poursuivre. Cela est-il envisageable en l’espèce ? »

Eh bien, il n’aura pas fallu bien longtemps pour obtenir réponse à cette préoccupation. Un désistement d’action, c’est bien ce qu’a décidé de faire le chef de l’Etat et dont il a fait l’annonce dans son message hier, en attendant la formalisation judiciaire de cette volonté par ses avocats.

Dans tous les cas, c’est cette déclaration solennelle qui sera désormais retenue par l’opinion, même si l’on peut déplorer qu’elle n’intervint pas plus tôt et sur les nombreux conseils de Béninois de différentes couches sociales ; mais qu’elle ait été inspirée par la médiation de personnalités étrangères. Mais, en cette occurrence, cela n’a plus grand importance car c’est bien la déclaration qui restera, tant elle sonne la fin, au moins formellement en espérant la cicatrisation des larges plaies ouvertes, de près de deux ans de procédure, d’invectives de toutes sortes, de conjectures aussi voire de diabolisation. De quoi occuper suffisamment des personnes qui, de bonne foi, se sont engagées dans ces affaires, tout comme les pêcheurs en eaux troubles. Personnes qui devront toutes tirer les leçons de ce nouveau développement…

Une déclaration aux conséquences majeures

Première chose à retenir, c’est que les personnes détenues dans le cadre de ces affaires devraient enfin recouvrer leur liberté. Celles à l’encontre de qui des procédures de radiation avaient été précipitamment engagées, en fonction de leur appartenance au corps de l’armée, sans attendre la vérité judiciaire de ces affaires, peuvent enfin être rassurées que leur carrière se poursuivra à moins qu’elles y renoncent volontairement. Leçon, la précipitation n’est pas toujours bonne conseillère.

Ensuite, il faudrait envisager que de nombreux Béninois qui, du fait de ces affaires, étaient réduits depuis quelque temps à vivre d’espoir, parce qu’ayant perdu leur emploi ou étant sur le point de le perdre, voient l’avenir avec plus ou moins d’optimisme.

Mais il faut surtout s’interroger maintenant sur la capacité des principaux protagonistes de ces affaires, le président Boni Yayi et son ancien allié Patrice Talon, à surmonter leurs querelles et à pouvoir refermer les blessures laissées par ces affaires dans leurs relations et dans les affaires du second plus particulièrement. Si cela est vrai, comme suggéré par le message présidentiel, qu’il s’est repenti auprès du président Abdou Diouf, d’avoir pu nuire d’une manière ou d’une autre au chef de l’Etat dans a tentative de défendre ses intérêts, cet aveu n’est pas judiciaire et donc pas décisoire. Et n’est davantage pas explicite pour incliner à soutenir fermement que l’intéressé reconnaît avoir fomenté les faits qui l’auront tenu loin du pays pendant tout ce temps. Mieux, il peut être loisible à l’intéressé de soutenir demain qu’il l’a fait au nom du Bénin, afin de contribuer, à sa manière, à l’apaisement ; et pour le bien de nombreux compatriotes. Reste donc que dans ces affaires, la vérité judiciaire, celle qui devrait rester comme définitive, n’adviendra plus.

En outre, le cas du juge Angelo Houssou, celui-là même qui avait rendu des ordonnances de non-lieu dans ces affaires, ce qui lui aura valu un ostracisme sans pareil, qui le poussera à l’exil aux Etats-Unis d’Amérique, devrait être envisagé. Pour se demander s’il pourra revenir tranquille au Bénin, reprendre du service. Cela n’est pas évident de si tôt.

Enfin, il y a lieu de considérer que, de toutes les façons, il faudra pour les deux principaux acteurs de cette saga, le président de la République et Patrice Talon, faire montre de grande qualité humaine pour réussir à tourner définitivement la page et à passer à autre chose. De là à les voir redevenir intimes, il y a probablement un grand fossé qu’il ne serait pas aisé de traverser.

S’il y a une leçon majeure à tirer de cette saga, c’est la nécessaire prudence à observer devant des affaires du genre, dès lors qu’elles sont entre les mains de la justice. En effet, on ne peut ne pas repenser, en ce moment, aux agissements de certaines personnes, décrétant hâtivement et péremptoirement la culpabilité des uns et des autres, et leur interdisant même d’avoir à fouler à nouveau le sol béninois.

Précisons qu’en droit, le désistement d’action est, selon le Vocabulaire juridique de Gérard Cornu, « l’acte par lequel le demandeur principal ou le défendeur qui a formé une demande reconventionnelle déclare abandonner ses prétentions à l’encontre de son adversaire ». Cela se distingue du désistement d’instance .

Wilfried Léandre Houngbédji

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