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dimanche janvier 21, 2018
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UN  MUSEE  POUR LA MEMOIRE

Par Maurice CHABI

Vingt trois ans déjà que les rideaux sont tombés sur l’historique conférence des forces vives de la nation. La démocratie béninoise est toujours en rodage ; mais elle marche. Même si, avec raison, on peut s’interroger sur les par trop nombreux dérapages qui jalonnent un parcours chaotique qui suscite des inquiétudes.

Cependant, de réels motifs de satisfaction émergent de ce tableau pâle dont les Béninois n’ont pas à rougir.  L’édifice de la démocratie tient encore debout, grâce à la constitution qui en est la charpente et que personne n’osera remettre en cause. Les institutions constitutionnelles fonctionnent tant bien que mal, les élections sont peu ou prou tenues à bonne date et les acteurs politiques plutôt disciplinés, du moins jusqu’à ce jour.  Nicéphore Soglo s’est soumis au douloureux verdict du suffrage universel en 1996. Mathieu Kérékou a renoncé à un tripatouillage opportuniste de la constitution qui lui aurait permis de briguer un troisième mandat en 2006. Et Yayi Boni va très certainement leur emboîter le pas en 2016, conformément à ses engagements et promesses maintes fois réitérés.

Tout irait bien dans le meilleur des mondes, n’eût été cette amnésie collective de la classe politique qui, à l’égard de la conférence nationale, fait aujourd’hui preuve d’une indifférence déplorable et d’une ingratitude coupable. Tout se passe comme si le régime démocratique dont elle a hérité est tombé de nulle part. Certains des acteurs de la grand- messe du 19 Février 1990 ne sont certes plus de ce monde. A commencer par les anciens présidents Hubert Maga, Justin Ahomadégbé, Paul Emile de Souza, Maurice Kouandété. Et surtout Monseigneur Isidore de Souza, ce grand homme dont on ne saluera jamais assez la mémoire. Sans oublier le président Emile-Derlin Zinsou qui, malgré son âge avancé ne ménage pas ses efforts lorsqu’il faut voler au secours de la patrie en danger.  Force est cependant de constater que la classe politique actuelle regorge d’hommes et de femmes qui étaient au rendez-vous de l’hôtel Plm Aledjo.Bon nombre de ceux qui nous dirigent aujourd’hui ont pris une part active à la grande partouze intellectuelle de février 1990.

Hélas ! Sitôt promus aux plus hautes fonctions politiques, ils se sont tous empressés d’enterrer la conférence nationale sans même se soucier de lui assurer une sépulture décente.  Pour ces enfants prodigues de la démocratie, la conférence nationale se résume à un tremplin ; une opportunité pour se remettre en selle et se construire une carrière. Qu’importe la couleur du temps ! Ils sont de tous les régimes. Depuis Nicéphore Soglo jusqu’à Yayi Boni, en passant par Mathieu Kérékou, ils sont parvenus à leurs fins en mangeant à tous les râteliers. Et ma foi, on peut direqu’ils ont le hold-up. Bravo à eux ! Tant pis pour les générations futures que l’incurie des politiciens cupides aura privé de tout, jusqu’à l’émotion, le droit élémentaire à voir, sentir, et toucher leur passé.

Que répondrons-nous demain à nos enfants et petits-enfants pour satisfaire leurs curiosités légitimes, leur soif de savoir ?

-         Dis papa, où pourrait-on trouver des documents et archives sur la conférence nationale ?

-         Eh bien…..Nulle part, mon enfant.

Tes parents et grands parents ont été assez idiots et trop égoïstes pour penser à construire un musée de la conférence nationale que le génie béninois a pourtant été le premier à inventer en Afrique.

Vingt trois ans sont passés ; mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Un musée de la conférence nationale est encore et toujours possible. Juste pour la mémoire. Quitte aux vandales et autres politiciens incultes à lui réserver le même sort qu’aux « HOMMES DEBOUT », une œuvre d’art récemment détruite sur la route des esclaves à Ouidah. Enfin, sait-on jamais, si ma suggestion trouvait un quelconque écho auprès du gouvernement ou des pouvoirs publics, je voudrais très humblement souhaiter que ce projet ne fasse pas l’objet d’une demande de financement extérieur. C’est une question d’honneur et de fierté nationale.

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