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lundi avril 23, 2018
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En dépit des libertés prises avec la vérité par sa victime présumée, l’ancien directeur général du FMI reste, pour l’instant, accusé de crimes sexuels. Mais le procureur, qui craint de compromettre sa réélection, est sous pression.

Saura-t-on un jour ce qui s’est réellement passé dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel, à New York, le 14 mai 2011 ? Y a-t-il eu relation sexuelle librement consentie entre Dominique Strauss-Kahn, ci-devant directeur général du Fonds monétaire international et favori de l’élection présidentielle française de 2012, et Nafissatou Diallo, une femme de chambre guinéenne établie aux États-Unis depuis 2002 ? Ou, au contraire, agression suivie d’un viol ?

La seconde hypothèse a longtemps prévalu, les apparences – et le témoignage devant la justice américaine de la victime présumée – plaidant en ce sens. La détestable réputation de DSK, dragueur border line dont les frasques à répétition plongeaient dans les transes jusqu’à ses plus chauds partisans, aussi. Ajoutez au cocktail un zeste d’exaspération féministe et une pincée de populisme : vous avez tous les ingrédients d’une possible erreur judiciaire. Car le vraisemblable n’est pas le vrai. Et un harceleur compulsif usant de son pouvoir et de son fric pour parvenir à ses fins n’est pas forcément – Dieu merci ! – un violeur.

« L’affaire DSK » s’est donc soudainement dégonflée, le 1er juillet. Les lourdes charges retenues contre l’ancien patron du FMI sont certes, pour l’instant, maintenues. Mais le procureur Cyrus Vance Jr est sous pression.

D’abord, parce qu’après avoir hâtivement placé DSK en détention, il souhaite à présent faire l’économie d’un procès qu’il n’a plus guère de chances de remporter. Cela ne signifie pas que le dirigeant socialiste soit à coup sûr innocent, mais que l’accusation n’a pas été en mesure d’établir sa culpabilité au-delà de tout « doute raisonnable ». Ce qui lui vaut dans la presse des attaques à boulets rouges.

Ensuite, parce que Kenneth Thompson, l’avocat de la plaignante, accuse son cabinet de multiplier les fuites dans les médias en vue de discréditer la victime et de ne pas avoir communiqué à l’accusation certaines informations importantes. Il n’apprécie pas non plus le fait qu’un de ses collaborateurs soit l’épouse d’un des avocats de DSK. Thompson suggère donc froidement à Vance de se dessaisir du dossier. Ce dont l’intéressé ne veut naturellement pas entendre parler.

Les procureurs étant, aux États-Unis, élus par le peuple, et donc soumis plus qu’ailleurs aux pressions et aux pulsions pas toujours rationnelles de l’opinion, Vance n’a nulle intention de ruiner ses chances de réélection. Prenant acte d’une série de mensonges sous serment de la victime supposée, il s’est résolu à lever l’assignation à résidence (dorée) frappant DSK, à le délivrer du bracelet électronique censé prévenir toute velléité de fuite et à lui restituer la caution de 6 millions de dollars (4 millions d’euros) qu’il avait été contraint de verser.

Car le fait est désormais avéré : Mlle Diallo entretient avec la vérité des rapports incertains. L’« employée modèle » pieuse et sans histoires complaisamment décrite n’était qu’un rôle de composition. Passe encore (moralement, sinon pénalement) qu’elle ait, en 2004, inventé de toutes pièces les circonstances justifiant sa demande d’asile politique aux États-Unis – est-elle la seule dans ce cas ? –, qu’elle ait tenté de frauder le fisc américain et de minorer ses revenus pour conserver son logement social. Ce sont là expédients d’immigré peu regardant sur les moyens de s’en sortir. Ils n’ont d’ailleurs avec l’affaire Strauss-Kahn d’autre rapport que d’affecter négativement la crédibilité de la plaignante.

“Je sais ce que je fais”

Plus ennuyeuse, la publication par le New York Times d’un court extrait d’une conversation en peul avec un dealer incarcéré en Arizona et placé sur écoute. Il s’agit d’un ressortissant gambien que Nafissatou Diallo aurait épousé religieusement (mais non civilement). « Ne t’en fais pas, ce type [DSK] a beaucoup d’argent. Je sais ce que je fais », y déclare la jeune femme. On aimerait à présent prendre connaissance de l’intégralité de l’enregistrement. À cela s’ajoutent des mouvements inexpliqués sur son compte en banque et une incertitude persistante concernant son attitude dans les minutes qui ont suivi son viol hypothétique. Ses déclarations successives se contredisent et ne sont que partiellement corroborées par l’analyse – beaucoup trop tardive – de la clé magnétique qui lui donnait accès aux chambres. Sa maîtrise très approximative de l’anglais explique-t-elle ces divagations ? Possible.

Kenneth Thompson regrette pour sa part les « erreurs » de sa cliente, mais jure qu’elles n’infirment en rien les accusations portées contre DSK. Il est dans son rôle. Le 1er juillet, sur une estrade dressée en pleine rue devant la cour criminelle de New York, il a donné du viol présumé une description d’une stupéfiante crudité : il s’agissait à l’évidence de choquer une opinion par nature versatile, que la révélation des mensonges de la plaignante risquait de faire basculer dans le mauvais sens. Il a notamment évoqué, certificats médicaux à l’appui, les traumatismes (au vagin et à l’épaule) prétendument infligés à sa cliente. Problème : cette dernière avait, dans un premier temps, apparemment omis de faire état d’une blessure à l’épaule.

Du coup, l’hypothèse d’une arnaque improvisée contre un riche « pigeon » par des « bras cassés » de banlieue prend quelque consistance. Après avoir agressé DSK en des termes d’une exceptionnelle outrance (« crapaud lubrique »), les tabloïds new-yorkais se retournent aujourd’hui, dans le même style, contre son accusatrice. Pour le New York Post, par exemple, Nafissatou Diallo n’est qu’une « pute » qui mettait à profit son travail au Sofitel pour racoler et aurait poursuivi ses coupables activités après le déclenchement du scandale. À l’issue de sa « prestation », un différend quant au règlement l’aurait opposée au directeur général du FMI… Ce n’est pas exclu – rien ne l’est dans cette rocambolesque affaire. Encore faut-il en apporter la preuve, ce que le Post s’est abstenu de faire, raison pour laquelle, au nom de sa cliente, Thompson a déposé plainte pour diffamation.

Irrémédiable

Pour DSK, les dommages sont d’ores et déjà irrémédiables. Il a été prié, de manière insistante et, sans doute, précipitée, de démissionner de la direction générale du FMI – mais ses collègues restaient traumatisés par le précédent de l’affaire Piroska Nagy, gentiment étouffée en 2008. Et l’on voit mal comment il pourrait reprendre rang parmi les candidats socialistes à la présidentielle de 2012.

Il faudrait d’abord qu’il en ait envie. Après une telle épreuve, se lancer dans une campagne électorale à couteaux tirés relèverait de l’héroïsme. Ou de l’inconscience. D’autant que, selon un récent sondage BVA, une majorité de Français (54 %) ne le souhaitent pas. Et que la vieille garde strauss-kahnienne, longtemps soudée dans l’espoir de son retour, a fini par se disperser.

Même s’il n’a pas violé Nafissatou Diallo, son image de présidentiable est en miettes. Coucher avec une femme de chambre, rétribuée ou pas, en fin de matinée à New York, déjeuner avec sa fille, puis prendre l’avion pour retrouver son épouse, « sainte » Anne Sinclair, à Paris… Est-ce vraiment la belle histoire dont rêvent les électrices (et nombre d’électeurs) ? Se repaître de pâtes aux truffes dans un restaurant people de Manhattan avec un couple d’amis (600 dollars à quatre, quand même) dès la levée de son assignation à résidence n’est assurément pas un crime. Mais est-ce le plus sûr moyen de mobiliser sous sa bannière des cohortes de salariés à 1 500 euros par mois ?

Dominique Strauss-Kahn jouait avec le feu depuis trop longtemps. Il a fini par se brûler, voilà tout.

Source: Jeune Afrique

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