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vendredi janvier 19, 2018
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Dans une interview accordée à Jeune Afrique et publiée le vendredi 07 octobre dernier, Albert Tévoèdjrè, le Médiateur de la République et un des hommes de l’ombre du président Boni Yayi, donne sa perception de la refondation, de la révision de la Constitution, de la grève des travailleurs… Très connu dans le monde politique béninois comme un renard, celui de Djrègbé ( sa résidence jusqu’à récemment), Albert Tévoèdjrè avait annoncé sa proposition de septennat lors de la cérémonie de remise de son dernier rapport d’activités au Chef de l’Etat. Il revient ici sur la question et se dédie du moins nuance.

Francis Z. OKOYA

BÉNIN

Albert Tévoédjrè : “Je suis contre le refus de l’alternance” en politique

Médiateur de la république du Bénin, Albert Tévoédjrè revient sur les réformes menées par le président Boni Yayi. Et affirme que celui-ci n’a pas l’intention de “tripatouiller” la Constitution pour s’éterniser au pouvoir.

 

Jeuneafrique.com : Qu’est-ce qui, selon vous a changé depuis le début du second mandat du président Yayi Boni ?

Albert Tévoédjrè : Yayi Boni a été réélu pour un deuxième mandat. Il travaille pour que les réformes annoncées dans son projet de société puissent être rapidement mises en œuvre, n’étant plus intéressé par un marché électoral à conquérir à tout prix. C’est ma lecture des réformes engagées qui concernent notamment la mise au travail des Béninois, dans les secteurs clés de l’économie que sont la santé, l’éducation et les finances. C’est un signal déjà très fort, qui doit faire réfléchir tout Béninois soucieux de l’intérêt général et du développement de ce pays. Un pays qui vit dans la promotion et la culture de la grève, pour un oui ou un non, ne peut aller bien loin. Il faut en finir. C’est aussi cela que j’ai voulu souligner en présentant mon dernier rapport d’activités du Médiateur de la République.

 

Yayi Boni peut-il réussir toutes les réformes qu’il a promises durant la campagne électorale ?

Le président Boni Yayi a déjà égrené environ 180 des 1 800 jours de son mandat présidentiel. Il lui en reste approximativement 1620, pour conduire à terme tout ce qu’il a entamé comme réformes. Il faut citer entre autres l’instauration d’un poste de Premier ministre, la révision de la Constitution, le Programme de vérification des importations, la loi sur la grève, etc. Les intentions qui sous-tendent ces réformes sont nobles. Il faut le reconnaître. Ce sont là des innovations qui naturellement bousculent des intérêts, des habitudes et qui induisent ipso facto de profondes mutations qui suscitent récriminations. C’est tout à fait normal. Ce n’est pas pour autant que j’affirmerais ici de façon péremptoire que ces réformes seront couronnées de succès. Tout dépendra de leur mise en œuvre. Tout clientélisme mis à part, il faut s’imposer le devoir d’aller chercher l’oiseau rare et le mettre à la place qu’il faut : « the right man at the right place », disent les Anglais.

Certains opposants soupçonnent le président de vouloir tripatouiller la Constitution pour se représenter. Si tel était le cas, quelle serait votre position ?

La Constitution de décembre 1990 confrontée à l’épreuve du temps et des intrigues politiques a mis à nu un certain nombre d’insuffisances que reconnaissent les acteurs politiques et la société civile. Depuis Kérékou II, il était question de toiletter la Loi fondamentale. Mais craignant une révision opportune à des fins de conservation du pouvoir, cette option a été écartée Mais il faut bien que le texte soit révisé un jour et que quelqu’un en prenne l’initiative. En prêtant serment pour son deuxième mandat, devant la Cour Constitutionnelle, le peuple souverain, les représentants de la communauté internationale et un parterre des chefs d’État africains, Yayi Boni a bien dit qu’il s’agissait de son dernier mandat. J’étais présent. J’ai entendu. Je peux même révéler que cette partie a été rédigée par lui-même dans la mesure où le projet de discours initial dont j’ai eu connaissance ne comportait pas cet élément. Je suis surpris de constater qu’on s’acharne à lui prêter des intentions et des manœuvres illusoires, au lieu de se préparer à le remplacer, le moment venu, par une équipe d’hommes et de femmes capables de faire éventuellement mieux que lui.

 

Que répondez-vous donc aux pourfendeurs des réformes ?

Au regard du contexte démocratique dans lequel nous évoluons et qui consacre la liberté d’opinion et d’expression, je n’ai a priori rien à objecter aux pourfendeurs des réformes. En tant que citoyens, ils ont le droit de réagir par rapport aux questions touchant la cité. Mais je voudrais qu’ils se disent qu’aucun régime n’est parfait, puisqu’aucun homme ne l’est. Heureusement, nous avons au Bénin des institutions de contre-pouvoir, des partis politiques entreprenants, une presse libre, une société civile vigilante. À tous ces niveaux, le travail d’interpellation, de dénonciation, ou de veille citoyenne doit permettre à la démocratie de s’exercer pleinement.

Avez-vous proposé un septennat ? Que souhaitez-vous qu’on réforme dans la Constitution ?

Je n’ai jamais proposé sept ans de mandat présidentiel non-renouvelable. Je suis tout simplement frappé par les inquiétudes exprimées et les démarches entreprises au sujet du mandat présidentiel immédiatement renouvelable. Pendant que les uns, de la mouvance au pouvoir, dans la perspective d’un deuxième mandat, sont en quête de ressources pour entretenir et conserver le marché électoral, au détriment des tâches prioritaires de développement, les autres, de l’opposition, crient haut et fort au scandale et dénoncent l’usage des moyens de l’État pour se maintenir au pouvoir. Devant cette situation, une réflexion ne s’impose-t-elle pas ? En intellectuel, évidemment ! Eh bien, pour moi, une réflexion s’impose. D’autres pays ont connu des problèmes similaires et y ont trouvé des solutions. C’est le cas du Mexique dont le président a un mandat présidentiel non renouvelable de six ans. Tout près de nous au Nigéria, Goodluck Jonathan a dû lancer lui-même les débats sur la question. Libérer le président élu des contraintes des marchés électoraux pour lui permettre d’avoir les coudées franches, de s’atteler aux tâches de développement prioritaire et de mettre la nation au travail, c’est dans ce cadre que se situent nos propos ; étant bien entendu que le Président sortant, au terme de ses deux mandats, n’est plus concerné par cette disposition. Je suis contre le refus de l’alternance, la confiscation du pouvoir par un homme ou un groupe d’hommes, sans possibilité réelle de changement.

Propos recueillis par André Silver Konan

Ce 17 Août 2011 marque le premier et triste anniversaire de la disparition de Pierre-Urbain Dangnivo. Un an après l’éclatement de ce qui est devenu l’affaire Dangnivo, l’opinion publique n’est toujours pas située de manière claire et convaincante de ce qu’est devenu ce cadre du ministère des Finances qui ayant quitté comme à l’accoutumée son bureau le 17 août 2010 n’est plus réapparu jusqu’à ce jour. Et malgré toutes les démonstrations et déclarations du Gouvernement qui s’est accaparé précipitamment du dossier, personne ne peut prouver de manière irréfutable ce qu’est devenu Pierre-Urbain Dangnivo. Est-il simplement disparu ou est-il mort ? Beaucoup d’esprits penchent pour une réponse par l’affirmative à la deuxième manche de la question ce qui soulève les suivantes : Comment, pourquoi et par qui Pierre-Urbain Dangnivo est-il mort ? A cette interrogation tous les regards accusateurs s’étaient tournés vers le pouvoir du changement à qui l’on collait le mobile de la fuite des informations sur la “Cen-Sad gate”. Non avait répliqué le gouvernement qui, pour montrer patte blanche a fait exhibé comme par magie, devant caméra et micro un matin un cadavre humain en décomposition dans la localité de Womey, commune d’Abomey Calavi. La soudaineté de l’acte, la précipitation avec laquelle le ministre de la justice d’alors avait déclaré tenir le coupable de la mort de Dangnivo, l’empressement du procureur de la république a présenté des condoléances à la famille, les motifs évoqués par le jeune arrêté, avaient donné un caractère de théâtre de mauvais goût à la macabre scène de Womey. Ceci expliquant cela, la famille Dangnivo a vite fait de porter des réserves sur cette découverte. Le Gouvernement après s’être dédit à travers le même ministre de la justice a voulu confirmer sa thèse en faisant venir derechef des médecins légistes allemand et français et en appelant au secours le médiateur. Entre temps les résultats des élections présidentielles dans la commune de Sè d’où est originaire Pierre-Urbain Dangnivo, résultats qui donnaient une avance à Boni Yayi sur ses adversaires ont été récupérés comme preuve de l’innocence du gouvernement. Mais rien n’y fit : pour la famille Dangnivo, le corps exhumé à Womey n’est pas celui de leurs fils. Mais le gouvernement a persisté allant jusqu’à faire instruire le dossier. Hélas depuis, plus rien, un (01) an après plus rien.

Francis Z. OKOYA

En Argentine, une jeune femme de 22 ans a épousé, le jour de la Saint-Valentin, l’homme condamné coupable de l’assassinat de sa soeur jumelle. Les habitants de la ville de Pico Truncado se sont réunis pour protester contre ce mariage.

En Argentine, Edith Casas, une jeune femme de 22 ans a épousé jeudi, jour de la Saint-Valentin, Victor Cingolani, condamné pour le meurtre de sa soeur jumelle, rapporte le site de TF1. “La cérémonie entre Victor Cingolani et Edith Casas a été brève, ça a duré entre 15 et 20 minutes. Il y a avait des proches du marié, mais pas d’elle“, a indiqué à l’AFP sous couvert de l’anonymat une source aux services de l’état civil de cette ville pétrolière de 20 000 habitants.

Des pierres et des oeufs

Malgré un important dispositif de sécurité, à la sortie de la mairie, une vingtaine de personnes ont lancé sur Victor Cingolani, condamné à 13 ans de prison pour le meurtre de Johana Casas, la soeur jumelle de sa toute nouvelle épouse, des pierres et des oeufs.  Les habitants de la ville de Pico Truncado, située à 1500 km au sud de Buenos Aires, s’étaient en effet réunis pour protester contre cette union qu’ils jugent scandaleuse, rapporte les télévisions locales.

Le jeune époux a lui été raccompagné jusqu’à la prison par de nombreux gardiens appuyés par des agents de la police antiémeute chargés de contenir la violence de la foule. “Je veux former une famille avec Victor parce que je l’aime. Il est innocent, que le véritable coupable paie pour le meurtre de ma soeur!”, a crié haut et fort Edith Casas à la presse avant la cérémonie.

“Pour moi, mes jumelles sont mortes”

“Pour moi, mes jumelles sont mortes. Johana est avec Dieu et Edith avec le diable”, a déclaré Valentin Casas, le père des deux jeunes femmes, la veille du mariage de sa fille Edith. Il faut dire qu’en 2010, Victor Cingolani, détenu à la prison de Pico Truncado, dans la province de Santa Cruz, a été reconnu coupable du meurtre de Johana, dont lui et son complice Marcos Diaz avaient été les amants. Si Edith Casas est convaincue de l’innocence de son époux Victor Cingolani, son père reconnaît en lui “le véritable assassin” de sa fille Johana, “un psychopathe”.

La jeune mariée ne souffre d’aucun trouble psychologique

Avant de se marier, Edith Casas a été soumise à des examens médicaux qui ont été réclamés par sa mère. Les médecins avaient conclu que la jeune femme de 22 ans ne souffrait d’aucun trouble psychologique. La justice a alors autorisé le mariage qui était initialement prévu pour le mois de décembre, mais qui avait été suspendu en raison de la requête de la mère.

Elu à l’assemblée consulaire lors des deux dernières mandatures, son nom a été cité à plusieurs reprises dans les milieux où se discute la succession d’Ataou Soufiano. Aujourd’hui Afiss ANJORIN rompt le silence et parle de lui ainsi que des élections à Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin.

JJ- vous êtes élu consulaire depuis plusieurs années et président de la commission des Technologies de l’Information et de la Communication, qu’est- ce qu’on peut retenir de votre mandat de représentant des opérateurs économiques ?

AA- Merci infiniment : la chambre de commerce et d’industrie du Bénin est pour l’économie ce que l’assemblée nationale est pour la politique. Seul je ne suis rien, certes nous venons tous de divers secteurs et d’horizons divers, mais nous constituons une équipe soudée et travaillons en synergie sous l’impulsion du président du bureau exécutif en la personne de M. Soufiano Ataou.

Les élus des deux derniers mandats ont eu confiance en moi et m’ont confié la présidence de la commission des TIC. A ce poste nous nous sommes fortement impliqués dans la politique et la stratégie nationale de la promotion des TIC au Bénin à travers plusieurs réflexions et l’organisation de journées et de fora sur la situation de notre pays en la matière. Par rapport à des questions relatives à la téléphonie mobile nous avons initié plusieurs propositions que nous avons soumises à la Haute Autorité dans le but de soulager les abonnés que sont nos concitoyens. Nous avons participé également à des travaux sur des questions ayant trait aux TIC sur les plans sous-régional, régional et international. En somme, nous avons abattu pendant deux mandats un travail jugé très satisfaisant par l’assemblée consulaire.

JJ-dans quelques semaines les opérateurs économiques vont procéder au renouvellement des membres de l’assemblée consulaire et des instances dirigeantes de la CCIB. Serez-vous candidat pour les prochaines élections à la chambre de commerce ?

AA- je ne vais pas jouer à la politique de l’autruche avec vous. J’ai été élu consulaire à deux reprises c’est-à-dire pour deux mandats de quatre ans chacun. Je profite de votre canal pour remercier tous mes collègues opérateurs économiques qui m’ont fait confiance et qui ont porté leur suffrage sur ma modeste personne pour les représenter au sein de l’assemblée consulaire. A ceux qui ne m’ont pas choisi, ils ont porté leur choix sur d’autres collègues avec lesquels j’ai partagé de riches expériences au sein de l’assemblée consulaire. C’est vous dire que l’assemblée consulaire est le meilleur créneau pour rendre service à la Nation économique et pour défendre les opérateurs économique quelque soit leur taille et leur domaine d’activité. Ce rôle je l’ai joué avec détermination et abnégation pendant une dizaine d’années aux côtés de l’actuel président Ataou SOUFIANO. Et comme je ne suis pas encore fatigué de servir, alors je vais tenter de renouveler mon mandat d’élu consulaire en novembre prochain.

JJ-En fait de candidature il s’agit de la succession du président Soufiano. Ces derniers temps la presse parle avec insistance de vous et de Mme Ibikounlé Karamatou, qu’en dites-vous ?

AA-Je suis vraiment flatté de savoir que mon nom est associé à l’héritage de SOUFIANO qui doit être très lourd à porter vu la dimension et la qualité de cet homme. Je voudrais avant tout témoigner ma reconnaissance à tous ceux qui pensent que je peux lui succéder. Mais vous savez, les élections quelle que soit leur nature, c’est une question de réseau et moi aussi j’appartiens à un réseau au sein duquel se trouvent des hommes et des femmes de grande qualité qui pourraient autant qu’ils sont, faire l’affaire. Il n’a jamais encore été question de ma candidature à ce poste, ce qui importe pour moi à l’étape où nous sommes c’est le renouvellement de mon mandat d’élu consulaire. Quant à Mme Ibikounlé, elle est une grande opératrice économique pour laquelle j’ai une grande admiration et un profond respect. Elle a une très grande expérience au sein de l’assemblée consulaire pour y avoir siégé pendant plus de vingt ans. Nous faisons partie du même réseau et ce serait avec plaisir que je vais accueillir sa candidature si notre équipe en décidait ainsi. Elle est une femme très dynamique qui fait l’unanimité au sein de la grande famille des opérateurs économiques, je ne lui marchanderai donc pas mon soutien.

Quel appel avez-vous à l’endroit de vos collègues?

Je voudrais avant toute chose remercier le Chef de l’Etat qui a toujours prêté une oreille attentive à nos doléances. Grâce à lui nous avons obtenu beaucoup d’avantages pour les opérateurs économiques notamment sur le plan fiscal où il nous a été d’un grand secours. Nous continuons les négociations avec son gouvernement pour aplanir certaines difficultés que rencontrent les hommes et femmes d’affaires du Bénin. Quant à mes collègues, j’en appelle à leur grande mobilisation pour les prochaines élections à la chambre de commerce.

Réalisation: SEWANOU A.E

En dépit des libertés prises avec la vérité par sa victime présumée, l’ancien directeur général du FMI reste, pour l’instant, accusé de crimes sexuels. Mais le procureur, qui craint de compromettre sa réélection, est sous pression.

Saura-t-on un jour ce qui s’est réellement passé dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel, à New York, le 14 mai 2011 ? Y a-t-il eu relation sexuelle librement consentie entre Dominique Strauss-Kahn, ci-devant directeur général du Fonds monétaire international et favori de l’élection présidentielle française de 2012, et Nafissatou Diallo, une femme de chambre guinéenne établie aux États-Unis depuis 2002 ? Ou, au contraire, agression suivie d’un viol ?

La seconde hypothèse a longtemps prévalu, les apparences – et le témoignage devant la justice américaine de la victime présumée – plaidant en ce sens. La détestable réputation de DSK, dragueur border line dont les frasques à répétition plongeaient dans les transes jusqu’à ses plus chauds partisans, aussi. Ajoutez au cocktail un zeste d’exaspération féministe et une pincée de populisme : vous avez tous les ingrédients d’une possible erreur judiciaire. Car le vraisemblable n’est pas le vrai. Et un harceleur compulsif usant de son pouvoir et de son fric pour parvenir à ses fins n’est pas forcément – Dieu merci ! – un violeur.

« L’affaire DSK » s’est donc soudainement dégonflée, le 1er juillet. Les lourdes charges retenues contre l’ancien patron du FMI sont certes, pour l’instant, maintenues. Mais le procureur Cyrus Vance Jr est sous pression.

D’abord, parce qu’après avoir hâtivement placé DSK en détention, il souhaite à présent faire l’économie d’un procès qu’il n’a plus guère de chances de remporter. Cela ne signifie pas que le dirigeant socialiste soit à coup sûr innocent, mais que l’accusation n’a pas été en mesure d’établir sa culpabilité au-delà de tout « doute raisonnable ». Ce qui lui vaut dans la presse des attaques à boulets rouges.

Ensuite, parce que Kenneth Thompson, l’avocat de la plaignante, accuse son cabinet de multiplier les fuites dans les médias en vue de discréditer la victime et de ne pas avoir communiqué à l’accusation certaines informations importantes. Il n’apprécie pas non plus le fait qu’un de ses collaborateurs soit l’épouse d’un des avocats de DSK. Thompson suggère donc froidement à Vance de se dessaisir du dossier. Ce dont l’intéressé ne veut naturellement pas entendre parler.

Les procureurs étant, aux États-Unis, élus par le peuple, et donc soumis plus qu’ailleurs aux pressions et aux pulsions pas toujours rationnelles de l’opinion, Vance n’a nulle intention de ruiner ses chances de réélection. Prenant acte d’une série de mensonges sous serment de la victime supposée, il s’est résolu à lever l’assignation à résidence (dorée) frappant DSK, à le délivrer du bracelet électronique censé prévenir toute velléité de fuite et à lui restituer la caution de 6 millions de dollars (4 millions d’euros) qu’il avait été contraint de verser.

Car le fait est désormais avéré : Mlle Diallo entretient avec la vérité des rapports incertains. L’« employée modèle » pieuse et sans histoires complaisamment décrite n’était qu’un rôle de composition. Passe encore (moralement, sinon pénalement) qu’elle ait, en 2004, inventé de toutes pièces les circonstances justifiant sa demande d’asile politique aux États-Unis – est-elle la seule dans ce cas ? –, qu’elle ait tenté de frauder le fisc américain et de minorer ses revenus pour conserver son logement social. Ce sont là expédients d’immigré peu regardant sur les moyens de s’en sortir. Ils n’ont d’ailleurs avec l’affaire Strauss-Kahn d’autre rapport que d’affecter négativement la crédibilité de la plaignante.

“Je sais ce que je fais”

Plus ennuyeuse, la publication par le New York Times d’un court extrait d’une conversation en peul avec un dealer incarcéré en Arizona et placé sur écoute. Il s’agit d’un ressortissant gambien que Nafissatou Diallo aurait épousé religieusement (mais non civilement). « Ne t’en fais pas, ce type [DSK] a beaucoup d’argent. Je sais ce que je fais », y déclare la jeune femme. On aimerait à présent prendre connaissance de l’intégralité de l’enregistrement. À cela s’ajoutent des mouvements inexpliqués sur son compte en banque et une incertitude persistante concernant son attitude dans les minutes qui ont suivi son viol hypothétique. Ses déclarations successives se contredisent et ne sont que partiellement corroborées par l’analyse – beaucoup trop tardive – de la clé magnétique qui lui donnait accès aux chambres. Sa maîtrise très approximative de l’anglais explique-t-elle ces divagations ? Possible.

Kenneth Thompson regrette pour sa part les « erreurs » de sa cliente, mais jure qu’elles n’infirment en rien les accusations portées contre DSK. Il est dans son rôle. Le 1er juillet, sur une estrade dressée en pleine rue devant la cour criminelle de New York, il a donné du viol présumé une description d’une stupéfiante crudité : il s’agissait à l’évidence de choquer une opinion par nature versatile, que la révélation des mensonges de la plaignante risquait de faire basculer dans le mauvais sens. Il a notamment évoqué, certificats médicaux à l’appui, les traumatismes (au vagin et à l’épaule) prétendument infligés à sa cliente. Problème : cette dernière avait, dans un premier temps, apparemment omis de faire état d’une blessure à l’épaule.

Du coup, l’hypothèse d’une arnaque improvisée contre un riche « pigeon » par des « bras cassés » de banlieue prend quelque consistance. Après avoir agressé DSK en des termes d’une exceptionnelle outrance (« crapaud lubrique »), les tabloïds new-yorkais se retournent aujourd’hui, dans le même style, contre son accusatrice. Pour le New York Post, par exemple, Nafissatou Diallo n’est qu’une « pute » qui mettait à profit son travail au Sofitel pour racoler et aurait poursuivi ses coupables activités après le déclenchement du scandale. À l’issue de sa « prestation », un différend quant au règlement l’aurait opposée au directeur général du FMI… Ce n’est pas exclu – rien ne l’est dans cette rocambolesque affaire. Encore faut-il en apporter la preuve, ce que le Post s’est abstenu de faire, raison pour laquelle, au nom de sa cliente, Thompson a déposé plainte pour diffamation.

Irrémédiable

Pour DSK, les dommages sont d’ores et déjà irrémédiables. Il a été prié, de manière insistante et, sans doute, précipitée, de démissionner de la direction générale du FMI – mais ses collègues restaient traumatisés par le précédent de l’affaire Piroska Nagy, gentiment étouffée en 2008. Et l’on voit mal comment il pourrait reprendre rang parmi les candidats socialistes à la présidentielle de 2012.

Il faudrait d’abord qu’il en ait envie. Après une telle épreuve, se lancer dans une campagne électorale à couteaux tirés relèverait de l’héroïsme. Ou de l’inconscience. D’autant que, selon un récent sondage BVA, une majorité de Français (54 %) ne le souhaitent pas. Et que la vieille garde strauss-kahnienne, longtemps soudée dans l’espoir de son retour, a fini par se disperser.

Même s’il n’a pas violé Nafissatou Diallo, son image de présidentiable est en miettes. Coucher avec une femme de chambre, rétribuée ou pas, en fin de matinée à New York, déjeuner avec sa fille, puis prendre l’avion pour retrouver son épouse, « sainte » Anne Sinclair, à Paris… Est-ce vraiment la belle histoire dont rêvent les électrices (et nombre d’électeurs) ? Se repaître de pâtes aux truffes dans un restaurant people de Manhattan avec un couple d’amis (600 dollars à quatre, quand même) dès la levée de son assignation à résidence n’est assurément pas un crime. Mais est-ce le plus sûr moyen de mobiliser sous sa bannière des cohortes de salariés à 1 500 euros par mois ?

Dominique Strauss-Kahn jouait avec le feu depuis trop longtemps. Il a fini par se brûler, voilà tout.

Source: Jeune Afrique

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